Autour de l’exposition Pierre Lesieur
Fenêtres & ouvertures à travers l’histoire de l’art

Vendredi 25 septembre 2015 à 18h

Conférence de Itzhak Goldberg, professeur en Histoire de l’art à l’Université de Jean Monnet, St Étienne et chercheur au CIEREC (Centre interdisciplinaire d’études et de recherches sur l’expression contemporaine), critique à Journal des Arts et commissaire d’expositions.

La fenêtre est au cœur de l’œuvre de Pierre Lesieur. Mais, la fenêtre est un lieu commun pictural, dont la théorisation remonte à Renaissance – voir la célèbre comparaison de la perspective à une fenêtre. Jusqu’au XXe siècle, elle est considérée comme une métaphore de la peinture et indique, comme dans la littérature, le seuil d’une description. La fenêtre marque également la séparation entre le monde intérieur, le plus souvent celui de l’auteur, et le monde extérieur, que le lecteur découvre. C’est la séparation entre le subjectif et l’objectif, le moi et le monde, - bref entre la culture et la nature. Frontière entre le dedans et le dehors, la fenêtre permet cependant, par sa transparence, le regard : c’est un poste d’observation privilégié de la réalité.

Le premier à poser explicitement le problème de l’ambiguïté de cette transparence est un écrivain qui pousse à l’extrême les exigences du réalisme, Zola. C’est en s’efforçant d’atteindre la réalité, de la décrire dans son détail, que l’écrivain prend conscience que la fenêtre est plutôt un filtre entre l’œil et le monde.

Ainsi, Zola remarque la transformation que fait subir la vitre à notre regard : « Toute œuvre d’art est comme une fenêtre ouverte sur la création. Il y a, enchâssé dans l’embrasure de la fenêtre, une sorte d’écran transparent, à travers lequel on aperçoit les objets plus ou moins déformés, souffrant des changements plus ou moins sensibles dans leurs lignes et dans leur couleur ». La seule façon, selon Zola, d’être le plus objectif possible est d’abandonner le rêve de transparence idéale et d’inclure ce filtre dans la description de la réalité.

À partir de la fin du XIXe siècle, le rôle de la fenêtre change. Elle n’est plus un cadre neutre, un instrument de vision mais devient l’objet même de la perception.

De plus, les possibilités de filtrage différent amplifient son rôle d’« échangeur » entre l’espace intérieur et extérieur : la fenêtre a dès lors, dans la peinture du XXe siècle, un rôle actif dans la construction du tableau. En raison des bouleversements profonds du principe illusionniste, elle devient la métaphore de la matérialité de la toile. Ainsi, au lieu de trouer l’espace, elle se transforme un écran ou un support opaque.

À l’aide d’exemples précis on suivra cette transformation qui modifie radicalement le rapport entre le réel et la représentation.

Itzhak Goldberg
Publications principales

 

La Sculpture moderne, co-édition Centre Georges Pompidou – éd. Scala, 1995 (en collaboration avec Françoise Monnin).
Jawlensky ou le visage promis, Paris, éd. L’Harmattan, coll. « Ouvertures philosophiques », 1998.
Marinette Cueco et le Land Art, Paris, éd. Cercle d’art, 1998.
Le Visage qui s’efface – de Giacometti à Baselitz, Toulon, Hôtel des Arts, 2008.
Visage et portrait, visage ou portrait, textes réunis par Itzhak Goldberg, Fabrice Flahutez et Panayota Volti, Presses Universitaires de Paris Ouest, 2010.
Installations, Paris, CNRS Éditions, 2014.

Commissariat d’expositions
Signes de terre – Face à face d’un peintre israélien et d’un peintre palestinien, Paris, Musée de la Seita, 1997.
Ludwica Ogorzelec – Sculptures et installation, Paris, Musée de la Seita, 1998.
Jawlensky-Werefkin, Paris, Musée de la Seita, 2000.
Cherchez L’homme, Le nu masculin vu par les artistes femmes, Paris, Espace Ricard, 2000.
Visage ou Portrait, Paris, Galerie Univer, septembre-octobre 2007.
La Promesse d’une ville, Paris, Galerie Univer, mars-avril 2010.

De nombreux articles dans des catalogues et des revues.