Musée de l'Abbaye - donations Guy Bardone - René Genis - Présentation du site archéologique et historique des recherches


Présentation du site
et historique des recherches
Sébastien Bully, archéologue, chercheur au CNRS

C’est à partir de plusieurs plans, en particulier de la seconde moitié du XVIIIe siècle, qu’on localise le logement de l’abbé entre l’abbatiale des Trois Apôtres à l’est (actuelle cathédrale) et l’abbatiale Saint-Claude à l’ouest (emplacement du marché couvert de la Grenette). La bibliographie, abondante sur l’abbaye de Saint-Claude, n’a que très peu abordé la question du logis abbatial. Seules quelques mentions de l’époque Moderne ont été relevées, privilégiant les affectataires mais négligeant le cadre architectural. On apprend ainsi que cette demeure est la résidence abbatiale jusqu’en 1510. Pierre de la Baume, abbé de 1510 à 1526, marque le début des abbés commendataires ne résidant plus à l’abbaye; le palais, abandonné par le supérieur de la communauté, est alors la résidence du grand prieur qui le remplaçait à la tête du monastère. À la sécularisation de l’établissement en 1742, cet immeuble devient le palais épiscopal, fonction qu’il conserve jusqu’au départ de l’évêque en 1802.

La volumineuse monographie de Dom Paul Benoît livre seulement quelques indications lapidaires sur le bâtiment, qui ne permettent pas d’en appréhender le plan, le fonctionnement ou les origines. Il cite essentiellement des réparations tardives sous l’abbatiat de Ferdinand de Rye entre 1607 et 1626. En 1989, le chanoine A. Pouillard publie un article sur le palais abbatial – dont il assure la gérance – dans lequel il cite que le sous-sol, «très ancien, renferme la cuisine du palais abbatial, une chapelle avec fresques et des caves comportant des pierres tombales gravées en écriture gothique, provenant de l’ancien cimetière jouxtant ce palais et actuellement en nature de jardin».

Dès lors, les sous-sols ont été inventoriés en 1993 dans le cadre d’une évaluation du patrimoine archéologique urbain avant d’être succinctement étudiés durant l’été 1994 dans la perspective d’une première protection au titre des Monuments Historiques. Le sous-sol et les jardins des trois immeubles qui formaient les résidences abbatiales et épiscopales sont inscrits à l’Inventaire supplémentaire des Monuments Historiques depuis le 6 juillet 1995. Cette première étude, renforçant l’intérêt du site en révélant sa complexité, a imposé une recherche plus approfondie, pluridisciplinaire, prenant en compte l’archéologie des élévations comme celle du sous-sol, l’anthropologie, l’histoire de l’art et la recherche documentaire en archives. La Commission Interrégionale de la Recherche Archéologique, réunie en session les 17 et 20 février 1998 a émis un avis favorable à une demande de fouille programmée dont la première campagne s’est déroulée durant l’hiver 1998-1999. L’étude archéologique était initialement programmée jusqu’en 2005/2006, mais le rachat de l’immeuble par la Ville de Saint-Claude et sa volonté d’y créer un musée a modifié l’échéancier de l’intervention qui c’est achevée en 2003. En juin 2002, une nouvelle commission (C. R. P. S.) s’est prononcée favorablement à l’extension de l’inscription à l’ensemble de l’immeuble (arrêté d’inscription en date du 5 mars 2003), ainsi qu’au classement d’une partie des sous-sols. Le 12 janvier 2004, la commission supérieure des Monuments Historiques a demandé le classement de la totalité des immeubles composant l’ancien quartier abbatial.

Musée de l'Abbaye Saint-Claude

Sondages, vestibule de la chapelle Notre-Dame-des-Morts

La restauration historique
Paul Barnoud, architecte en chef des monuments historiques

L’archéologue auteur des recherches, Sébastien Bully, s’est inscrit dans le courant émergent de l’archéologie en élévation: il ne s’agit plus seulement de dégager les arases des édifices détruits mais de lire dans un bâtiment, maintes et maintes fois transformé, les traces des dispositions originelles et des évolutions.

C’est un lent travail qui consiste à dégager des couches archéologiques, à décaper les murs, mais aussi à établir des relevés précis en notant toutes les informations nécessaires. De ces relevés se dégage, progressivement, la connaissance des états antérieurs.

Pour l’architecte restaurateur, il est extrêmement rare de disposer d’une analyse aussi fine, aussi poussée. L’archéologue a établi un programme de restauration précis qui nous a permis de proposer, dans un délai restreint (étude en 2004), un parti détaillé de restauration.

La restauration

L’état du bâti ne correspondait pas à un état de sédimentation historique ou à un état de ruine, mais au résultat de six années de fouilles. Les cloisonnements avaient été supprimés, de nombreux éléments étaient étayés, l’ensemble restait incompréhensible sans les explications de l’archéologue. L’objectif de la restauration consistait à remettre en perspective les états anciens des bâtiments dans toute leur complexité, c’est-à-dire répondre à trois impératifs: consolider, conserver, évoquer.

Consolider

L’édifice étant, en grande partie, étayé, il convenait, après les fouilles, d’assurer sa stabilité. Les descentes de charges ont été reconstituées par des maçonneries traditionnelles, en restituant certains éléments ponctuels à l’identique des éléments voisins, comme dans le triplet situé entre le vestibule et la chapelle Venet.

Conserver

L’objectif premier de la restauration était de conserver tout élément ancien authentique. Les fragments de peintures murales ont été soigneusement dégagés et consolidés. Dans la restauration finale, les épidermes de plusieurs époques coexistent sans qu’un état particulier du monument soit privilégié. Les vestiges, destinés à être intégrés dans un musée, devaient être le plus explicite possible afin de conserver toute leur valeur documentaire.

Évoquer

La restauration ne saurait se limiter à une présentation brute des maçonneries anciennes. Il convenait, dans un premier temps, de sélectionner ce que l’on voulait montrer: le monastère. Il fallait rendre intelligible l’articulation des espaces entre eux, mettre en évidence l’évolution du bâti et suggérer les dispositions en partie détruites. Les vestiges du XIXe siècle ont été, dans l’ensemble, démolis et évacués car leur présence brouillait complètement la compréhension du monastère. Des restitutions de baies ont été réalisées à partir de l’analyse fine du bâti et une ouverture a été percée entre le grand cloître et la chapelle des morts pour retrouver la distribution de la lumière originelle. Les différents espaces ont été traités de façon différenciée en fonction de la particularité de chaque pièce.